| Die von Strossburg froge nit viel d'rno ob die von Köln in d'r Rhin brunse.
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Ce que murmurent les Sapins d'Alsace Dans cette plaine, heureuse et tragique en même temps, qui s'étend des Vosges au Rhin, habite un peuple qui a été martelé par les coups du destin. Dans ce pays plein d'exubérance et de charme et où devait, par la volonté de la nature, demeurer la joie et la sérénité, le tocsin a trop souvent étouffé les sons de la viole et du chalumeau. Depuis l'invasion d'Arioviste et jusqu'à la récente irruption d'une chevauchée apocalyptique, cette terre de beauté a toujours connu des secousses volcaniques. Or, comme les paysans de l'Etna sont doublement attachés à leurs campagnes, menacées par la fumante coulée de lave, de même les gens d'Alsace ont, dans leurs infortunes, poussé des racines toujours plus profondes et indestructibles dans le sol des aïeux. Ce sol leur était d'autant plus cher qu'ils ont dû verser tant de larmes sur ses sillons. C'est plus qu'un attachement, c'est une identification avec la terre. Pour s'en convaincre il faut aller, lors d'un grand jour de fête, contempler une procession dans un village, et surtout dans un de ces villages où s'est conservé le costume ancestral. Quand on voit passer alors cette noble race de paysans avec leurs tricornes et leurs longues redingotes flottantes, l'oeil fixe, la bouche serrée sous un nez d'aigle, recueillis, récitant leurs prières, on est touché par la radiation d'un élan d'idéal et d'une volonté farouche : on sent bien que les hommes qui marchent dans cette procession célèbrent le culte simultané de Dieu et de la Terre qui ne font qu'un. Cet amour frénétique du sol ancestral a subi une épreuve terrible en 1871, alors que le Traité de Francfort imposait le choix douloureux entre la terre et la patrie : rester dans le pays et souffrir le joug de l'étranger, ou bien rester Français, mais abandonner la glèbe où étaient ancrés les traditions et le souvenir ! Maint Alsacien est mort de désespoir devant ce problème angoissant. Il s'est même produit le miracle que, pour ceux qui demeuraient, la terre a tenu lieu de patrie. Pour ceux que frappait la cruelle séparation de la France, la terre était le seul trésor qui restait. Alors, ils ont entouré cette terre d'un culte qui tenait de la religion. Ils l'ont divinisée. |
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Car elle est belle, cette terre; elle est belle entre toutes. Pour en subir le charme, il suffit de gravir une de ces montagnes vosgiennes qui s'élancent au devant de la plaine, une de ces crêtes altières, couvertes de forêts comme un casque est couronné d'un cimier : on voit, solidement campées au pied des collines, des villes du Moyen âge avec tours et murailles ; puis, égrenés dans de douces vagues de vignes et d'épis, des villages paisibles et joyeux, ramassés autour d'une église qui est flanquée d'un arbre séculaire comme d'un héraut d'armes. A l'horizon surgit la flèche de la cathédrale de Strasbourg et, la bordant, le ruban du Rhin. Quand on retourne son regard vers la montagne, on voit resplendir, dans un éclat fauve, des ruines de châteaux, survivance de l'époque féodale. Tout au loin, vers le couchant, ce sont les horizons, d'un bleu tendre, de la vieille France vers lesquels s'en allait, autrefois, notre nostalgie quand nous gravissions ces crêtes pour voir la patrie... Et le son des cloches monte de tout le pays d'Alsace comme un cantique. De ce tableau se dégage un rythme lent et harmonieux de labeur pacifique; il s'en élève aussi un son de cor, appel à la bataille. Car ce peuple de farouches travailleurs est aussi un peuple de guerriers. Son destin l'a voulu ainsi. Il a fallu défendre le sol sacré contre l'envahisseur. L'Alsacien est soldat dans l'âme. I! faut avoir vu son enthousiasme, sur la place d'Armes de Strasbourg, quand il s'agissait de célébrer l'armée et un de ses héros. Il faut avoir vu les habitants de la ville et de la campagne acclamer le général Gouraud quand il brandissait devant Kléber le Sabre authentique du vainqueur d'Héliopolis. Il faut les avoir vus porter en délire, sur leurs épaules, le libérateur de Strasbourg, Leclerc, de la Place d'Armes à la Cathédrale. Et il faut avoir vu passer, dans ce tableau, les phalanges de vétérans, conduits par des vieillards tenant le drapeau sacré d'un bras tremblant et, dans le regard, un éclat d'indomptable fierté. En des jours pareils, on dirait que, devant les yeux visionnaires des patriotes éblouis, la Grande Armée passe dans les nuées, avec canons, tambours, étendards. Car le culte de l'armée, nous le tenons de l'Empereur légendaire qui, par son épopée, a rallié toute l'Alsace en une même ferveur. C'est par la Grande Révolution et son idéal humanitaire, c'est par la chanson de geste napoléonienne que l'Alsace a été, en dernier ressort, gagnée à la France. Oui, gagnée. Nous sommes doublement rivés à notre patrie, car nous avons opté pour elle. Nous n'avons pas été rattachés à elle par une évolution organique de l'histoire, nous l'avons élue par un élan d'amour et de foi. C'est là un phénomène profondément symptomatique et d'une saisissante éloquence chez un peuple qui, dans les campagnes, parle pourtant un idiome de racine germanique. On a beaucoup écrit sur la psychologie alsacienne. On a même trop ardemment usé de la loupe et du scalpel pour nous scruter et nous disséquer. Nous ne sommes pas des êtres aussi compliqués qu'on veut bien le dire. Nous le sommes surtout devenus sous la plume des auteurs. La psychologie alsacienne, mais elle est simple ! Nous sommes de la vieille Lotharingie. C'est la clef de nos particularités. La Lotharingie a été créée par le Traité de Verdun, en 843, alors que l'Empire de Charlemagne et de Louis le Débonnaire fut partagé entre leurs trois descendants. A vrai dire, cette Lotharingie vénérable qui, allant de la Mer du Nord à l'Italie, constitua le Royaume du Milieu, ne fut pas inventée à l'époque. Elle résulta d'une constatation. En effet, les partageants d'alors ont eu l'intuition sagace que cette région médiane comprenait des populations d'un caractère spécifique. C'était tellement vrai que cette originalité leur est restée à travers les âges et qu'elle existe encore aujourd'hui. On nous explique mal en voulant découvrir en Alsace un heurt ou un compromis entre une spiritualité française et une spiritualité allemande. Le phénomène est de plus vaste envergure. Il y a, dans ce monde du milieu, une radiation nordique et une radiation méditerranéenne. C'est entre elles que s'est opéré l'oscillation. Radiation nordique. On peut aussi dire germanique, si l'on veut. Mais il ne faut pas ici faire paraître les Allemands sur la scène. Car les Allemands, qui ont été depuis longtemps déformés et dénaturés par les Prussiens, ont beaucoup moins de caractère germanique que les Scandinaves et les Anglo-Saxons. D'ailleurs, le ferment germanique a pénétré dans de nombreux pays d'Europe, en dehors de l'Allemagne, ainsi dans les Pays-Bas, en Normandie, en Espagne et en Italie. A l'esprit nordique s'oppose chez nous, en Alsace, l'esprit latin. Il y a plus de deux millénaires qu'il s'est mis à conquérir l'Europe occidentale en remontant de la Méditerranée. Il a marqué notre pays d'Alsace de son sceau indélébile dès les premiers siècles de notre ère. Or, l'évolution de notre sensibilité en Alsace a été le triomphe progressif de la Latinité, triomphe qui s'est accentué depuis la fin du Moyen âge. Ce n'est pas que la Latinité ait étouffé le nordique, non, elle l'a retravaillé, elle lui a donné une ciselure nouvelle et l'a ainsi rendu apte à être inséré dans l'œuvre d'art de la civilisation issue de Rome. D'avoir discipliné le nordique, sous la suzeraineté latine, est une gloire pour l'Alsace. Des personnalités représentatives de cette latinisation du nordique se trouvent, non seulement en Alsace, mais aussi parmi les émigrés de 1871 et leurs descendants, qui ont donné tant de hautes valeurs à la France, au détriment, il est vrai, de leur pays d'origine qui, après l'Année terrible, a subi une saignée fatale. On observe un phénomène semblable en Belgique où, de la souche flamande, sont sortis tant d'esprits éminents d'orientation latine. C'est sous cet angle qu'il faut envisager et comprendre l'âme alsacienne. Ce n'est pas un heurt entre deux chars de guerre. Il n'y a qu'un char, il est tiré par un double attelage, mais c'est Apollon qui tient les rênes et conduit. Ainsi faut-il concevoir les choses quand on parcourt notre beau pays d'Alsace. La Providence l'a d'ailleurs, par une heureuse harmonie et un juste équilibre de ses richesses et de ses beautés, vraiment prédestiné à être pays latin. La Nature a répandu ses dons sur ce pays avec une mesure admirable. Elle a, de sa hotte miraculeuse, déversé sur lui tant de trésors et les a répartis en un long et parfait accord. Les hommes, par l'œuvre de leurs mains, s'inspirant de l'esprit du paysage, ont, eux aussi, rendu hommage à l'esprit latin. La France, héritière de cet esprit et qui l'incarne éminemment pour nous, s'affirme de toutes parts : elle est dans l'architecture de nos villes où des palais de nos Grands Siècles enluminent leurs devanciers, les hôtels patriciens, à pignons gradués, de la Renaissance. La Cathédrale de Strasbourg, qui s'élance dans un envol gothique parti de l'Ile de France, a pris, dans son jeu de dentelles, une légèreté translucide et une grâce de mouvement qui sont tributaires du génie français. On rencontre la France à chaque pas. La France, elle brille dès l'aurore dans le regard du soleil qui, heureux de s'échapper de la Forêt Noire, salue l'Alsace, première des terres de France qu'il rencontre, d'un rayon plus chaleureux, rayon qui va faire tressaillir les vignes sur leurs coteaux et leur infuser une âme pétillante et généreuse. C'est le raisin, soit dit en passant, qui a donné à l'Alsacien cette sensibilité qui lui permet de pleurer d'un œil quand il rit de l'autre et qui l'a doté de cet humour, bouclier infrangible contre l'adversité ! La France, mais elle éclate dans l'horloge de la Cathédrale où l'on entend résonner, dominant le jeu solennel des figures hiératiques, le cri d'un coq gaulois. La France, elle apparaît enfin dans la plus modeste ferme du village : Le paysan est descendu à la cave, chercher un cruchon de vin pour vous souhaiter la bienvenue ; car en Alsace la gastronomie est partie intégrante de la civilisation. Il portera votre santé dans la vieille langue du terroir qu'on parle toujours dans nos campagnes. Mais dans son sourire s'épanouira une jovialité, une bonne grâce et une gentillesse qui font penser au ciel de lumière d'où l'hirondelle revient au printemps pour nicher dans une tour médiévale de l'Alsace et apporter, joyeuse, dans son chant triomphal, un brin de soleil de la Méditerranée. Car toute l'Alsace est un battement d'aile vers la Mer Latine. |
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